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Organisation administrative
-------- El Qçar el-Kebir était jadis la capitale du R’arb, mais cette province lui fut enlevée à une époque déjà ancienne, et au cours du dernier siècle, le gouvernement d’El-qçar comprenait les villes d’El-Qçar, Al-Arâich, Quaz-Zàn, et les tribus de Khlot, Tliq et Ahl Serif. A la mort de Moulay Hasan, cette réparation fut modifiée et ou nomma un gouverneur spécial pour El-Qçar, avec le titre d’âmel et un cachet (tâba’) ce gouvernement ne comprenait que la ville seule. Deux gouverneurs furent nommés l’un après l’autre, Abd al-Màlek S’aidy et Si Tàher Aç-çafry; puis au hont de deux ans, un nouveau système fut adopté, qui dure encore de nos jours: l’àmel d’Al-Arâich gouverne en même temps El-Qçar et Ouazzàan, mais n’a aucune tribu sous ses ordres. Il est représenté par trois Khalifa, un auprès de lui à Al-Arâich, un à El-Qçar et le dernier à Ouazzân, mais celui-ci n’exerce aucune autorité et ne correspond même pas avec l’âmel.-------- Actuellement, le gouverneur d’Al-Arâich, Si Mouhammad ben Mouhammad al-Mokhtary al-Gueddary, est en même temps qâid des Hedjaoua, tribu du R’arb, mais cette dignité est toute exceptionnelle, attachée à sa personne et non à son gouvernement. El-Qçar est donc administrée directement par un Khalifa de l’âmel d’Al-Arâich, mais elle est encore la résidence des deux qâids du Khlot et du Tliq, dont les tribus ont été détachées du gouvernement d’El-Qçar.-------- Comme nous l’avons vu à Tanger, l’organisation administrative comprend trois ordres de fonctionnaires: politiques, financiers et religieux, reliés chacun directement avec le Makhzen, mais n’ayant aucun rapport de dépendance entre eux. Celui des trois qui a le moins d’autorité, à El-Qçar, est justement le Khalifa, sorte de sous-préfet, qui logiquement devrait concentrer entre ses mains la direction des différents services.
1 – Le Khalifa -------- Le Khalifa, représentant du Makhzen, administre la ville au nom du gouverneur, de l’âmel, dont il tient ses pouvoirs, Nommé par le gouverneur, il ne dépend que de lui et ne possède d’autre titre qu’une simple lettre, écrite par l’âmel. Il ne correspond qu’avec lui: le Makhzen l’ignore absolument.-------- Il ne reçoit aucun traitement, mais il a dû payer pour obtenir cette fonction, de même que l’âmel a dû payer à Fès: cette obligation n’est pas officielle, mais elle est d’usage. Le Khalifa actuel, abd ar-Rahmàn Al-Ya’qoùby, de Tetouan, a payé sa charge deux cents douros, il envoie de plus à l’âmel, chaque vendredi, un certain nombre de poulets, de pigeons et de pots de beurre, en un mot ce qui est nécessaire à son entretien, puisque Al-Arâich, étant guich, est dispensée de toutes redevances. Il verse en outre au gouverneur, chaque année, le produit des hadya, dont il garde une partie pour lui, puis, le produit des amendes, des rançons de prisonniers et des taxes sur les filles publiques.-------- Il n’a ni pouvoir réel, ni situation administrative, n’étant vis-à-vis du Makhzen qu’un secrétaire particulier du gouverneur, détaché par celui-ci à El-Qçar. Aussi son autorité est-elle parfois contestée. Defréquents conflits éclatent entre lui et les qâids du Khlot et du Tliq, au sujet des Kholty et des Tliqy habitant la ville, qui invoquent leur origine pour résister aux exactions du Khalifa.Le Khalifa est logé dans un bâtiment des habous appelé Dàar Makhzen. En entrant en fonction, il choisit cinq ou six individus, principalement des derrâza (tisserands), auxquels il confère le titre de mokhazny et qui font l’office de gendarme, mais il ne les paye pas, aussi continuent-ils à exercer leur industrie chez eux; les sokhra qu’ils touchent, les indemnisent de leur service auprès du khalifa. -------- Ces mokhazny ne s’occupent en aucune manière de la police, qui est exercée seulement sur l’initiative des habitants, dans les moments de panique. Les tentatives faites par le Makhzen pour instituer des moqaddemin al-hauma, chefs de quartiers, comme dans les grandes villes, ont échoué. Mais il arrive fréquemment que les principaux habitants d’un quartier se réunissant le soir, dans un carrefour, et décident de faire payer une colisation par maison (0 fr. 50 par mois, par exemple), pour payer des gardiens de nuit ou des askar, qu’on demande alors au qâid ar-rahâ; quelques ce sont les habitants eux-mêmes qui veillent à tour de rôle. Chaque quartier entretient de même les portes qui le ferment et paye les portiers.-------- La prison est encore placée sous l’autorité du Khalifa. Il y avait autrefois deux prisons à El-Qçar, une dans chaque quartier (Bâb el Oued et Chari’a); mais elles ont disparu pour faire place à la prison actuelle, située dans la rue dite Darb ad-Diwân, presqu’en face la Dâr R’ailân. Cette prison a été construite vers 1248 de l’hégire, sous Moulay abd ar-Rahmân, à qui un nommé Ibn Amara avait donné deux maisons lui appartenant, dans le but d’en faire une prison. Le Makhzen, ayant accédé à ce vœu singulier, accorda, par firman chérifien, à cette famille, l’héridité de la fonction de Qâid as-sidjin, directeur de la prison. La famille d’Ibn Amara s’étant éteinte, la prison est revenue en toute propriété au Makhzen.-------- Elle est administrée par un Qâid as-sidjin, nommé par le Makhzen mais payé par les prisonniers, et assisté de trois gardiens sans traitement. Il n’existe aucun registre d’écrou. Lorsque le Khalifa a donné l’ordre d’emprisonneur un individu, un mokhazny va l’arrêter et le conduire dans la prison, où on n’accède que par un étroit guichet carré, placé à 1m,50 au-dessus du sol: on fait entrer le prisonnier la tête la première et on le laisse retomber à l’intérieur. La prison est une longue salle rectangulaire à ciel ouveri mais pourvue les côtés de galeries convertes; on n’y trouve aucun ameublement, mais les familles des prisonniers leur apportent quelque fois des nattes. Les gens de la campagne ont les fers aux pieds et la nuit, la chaîne au cou, les citadins sont dispensée de cette mesure.-------- Enfin on ne donne aucune nourriture aux prisonniers, ce sont leurs familles qui doivent subvenir à leurs besoins. Il n’est pas rare de voir des prisonniers mourir de faim, ou d’épuisement.-------- La police intérieure de la prison est faite par un moqadem, prisonnier lui-même, ayant également les fers aux pieds, et désigné par le qâid as-sidjin. C’est une charge qui s’achéte, car elle rapporte quelque argent à celui qui l’exerce. Quand un prisonnier entre le moqaddem le menace de lui mettre la chaîne au cou, à moins qu’il ne paye quelque gratification. Il réunit ainsi les sommes nécessaires à l’achat de l’eau, de la lumière, et au nettoyage qui est fait par un autre prisonnier payé. Lorsqu’un prisonnier refuse de verser sa quote part, on contisque les aliments que ses parents lui apportent. Les droits perçus par le moqaddem servent à rétribuer le qâid as-sidjin et les geoliers. Ils comprennent le droit d’entrée ou de chaino, hass as-silsila, 5 réaux (1 fr. 25); le droit de sortie, lors qu’on quitte la prison, haqq al-habs, une peseta pour les citadins, deux pour les campagnards (sans compter la rançon qu’il faut offrir au gouverneur ou au Khalifa pour obtenir la libération, rançon qui peut varier entre 6 et 100 douros, suivant la position et la fortune de chacun), enfin le prisonnier libéré doit encore payer la sokhra (commission) du mokhazeny qui l’a amené en prison et celle du mokhazny qui a apporté l’ordre d’élargissement. Les juifs sont enfermès dans la même prison, mais leur condition est moins misérable, parce qu’ils s’entr’aident et mettent en commun leur nourriture.
2 – L’amin al-Moustafad -------- Au point de vue financier, le Makhzen est reprèsenté directement à El-Qçar par l’amin al-Moustafad. Cet amin nommé par le sultan, reçoit une solde mensuelle de dix douros qu’il prélève lui-même sur ses recettes. Il a comme attributions la gérance des immeubles du sultan, l’exploitation de la régie et de la poste du Makhzen, la perception des droits portes, de marché et d’abattoir, la liquidation des dépenses de l’Etat (paiement des fonctionnaires, à l’exception du qâid et du personnel des établissements religieux, qui sont payés par les habous), et l’entretien de la ville (voirie). Il a son beureau au fondaq du sultan et dirige un nombreux personnel: un secrétaire (Kâtib) nommé et payé par lui (2 douros par mois) qui tient la comptabilité, des percepteurs de droits et des employés pour la régie et la poste; il les choisit et les paye lui-même (généralement 50 centimes par jours).-------- Les immeubles du sultan sont peu nombreux: ils proviennent pour la plupart des biens du qâid Ben Aouda, confisqués sous le règne de Sidy Mouhammad. Il y a même à El-Qçar un amin spécial, chargé de l’administration des oliviers de Ben Aouda dans la tribu des Maçmouda. Outre le fondaq du sultan, qui appartenait autrefois à la famille Taoud, comme nous le verrons plus loin, le Makhzen possède à El-Qçar un fondaq, une maçrya. La Dâr R’ailân, qui sert de caserne aux asker et quelques propriétés, cédées par lui au vizir El-Menebhi, et qui sont actuellement sous séquestre.-------- La Régie çaqa, comprend deux monopoles: 1e celui de la fabrication et de la vente du tabac, taba’a, indigène, à priser et en feuilles du kif et de l’opium, afioum; 2e celui de l’extraction et de la vente du soufre, Kebrit. La régie du tabac et du Kif, généralement affermée, est exploitée directement à El-Qçar par l’amin al-mostafad, dans un petit fondaq appelé fondaq aç-çàqa ou fondaq contrata; c’est là que se trouve la manufacture, dont l’outillage se compose seulement de deux morties de bois et de deux pilons maniés par deux nègres; un juif fait les paquets. Le tabac à priser se fait en pilant ensemble du piment, felfela de la cendre, ramàd, et une quantité minime de tabac de maivaise qualité. La deuxième régie, celle du soufre, est louée aux enchéres chaque année: c’est en ce moment un nommé Si Mouhammad Al-Fichtaly qui l’a affirmée à El-Qçar.-------- La poste est exploitée directement par l’amin al-Moustafad dans son bureau du fondaq du sultan; elle est d’ailleurs très peu active depuis l’instalation des postes françaises et allemandes.-------- Le droit des portes (octroi) est appelé nekas ou meks, ce dernier mot ayant plutôt un sens défavorable (fise, gabelle). Il est payé contre délivrance d’un récépissé, conformément au règlement du 2 juin 1896, concerté à Tanger entre Si Mouhammad Torrès, Sidy Abd al-Kerim Bereicha et les représentants des puissances. Ce droit peut être affermé, mais l’amin d’El-Qçar en dirige lui même l’exploitation, en plaçant à l’entrée de cahque route pénétrant dans la ville, un poste composé de deux hommes accroupis sous une tente. Ces employés payés 50 centimes par jours, perçoivent les taxes, les inscrivent sur une carnet, versent l’argent dans une caisse en bois percée d’un troi et délivrent à l’intéressé un récépissé écrit à la main. La ville n’ayant pas d’enceinte, il est facile d’y pénétrer par des sentiers détournés, sans passer au nekas, aussi l’amin perçoit-il, à la Qâ’al az-zara, une taxe de 5 onas (20 centimes) par bissac (telle de blé apporté au marché, à moins que le muletier ne présente un récépissé constatant qu’il a déjà payé à pénétrée.-------- Les droits de marché, achour, sont perçus par l’amin, avec l’intermédiaire d’adoul installés dans une guérite à l’entrèe de chaque marché, mais ils peuvent être affermés.-------- En vertu d’un règlement chérifien promulgué en 1896, les droits à payer par les étranger et les sujets du sultan indistinctement sont 10% sur les fruits secs et assimilés, 5% sur les chevaux, mulets, ânes et chameaux, par moitié entre acheteur et vendeur, ¼ de réal sur les chèvres, et les moutons et 4 réaux sur les bœufs; les peaux fraches payent un droit calculé en raison de l’usage local; les droits à payer par les sujets marocaines seulement sont les taxes conformes à l’usage local, sur les cuirs tannés, les haiks, les babouches, les légumes, le bois et le charbon.-------- Enfin, les impôts sur les grains, les vieux bibelots, le sel, l’épicerie, la laine filée, les tanneries, les objets d’argent et les mortiers à café ont été supprimés: nous verrons comment ces droits se sont trouvés en partie rétablis par les taxes arbitraires du mohtasib.-------- Les droits d’abattoir, ou plutôt d’égorgement (gorjouma) sont perçus par l’amin al-moustafad qui doit les employer a l’entretien de la ville. Ils sont de deux réaux (0 fr. 50) par tête abattue, plus trois centimes par mithqal (environ 40 centimes) sur la valeur de la peau, à payer par moitié entre vendeur et acheteur (de cette peau). Ces droits seraient un bon revenu pour le Makhzen, puisqu’ils étaient autrefois affermés à El-Qçar, moyennant cent douros par mois, mais l’amin, qui devrait les dépenser pour l’entretien de la ville, n‘en fait aucun usage.-------- La voirie n’est, en effet, l’objet d’aucun soin de la part de l’amin al Moustafad, Non seulement les ordures, déposées dans les rues, devant les portes, ne sont jamais enlevées, mais encore, le réseau d’égout aboutissant à un tronc central –l’Oued el-Malous– qui se jette dans le Louqqoç et qui pourrait rendre les plus grands services, sorait continnellement obstrué et provoquerait des inondations, si les habitants de chaque quartier ne se cotisaient de temps enn temps, pour procéder au nettoyage partiel de leur branche. Nous avons vu cependant opérer cette année des travaux en vue du curage des égouls: cette opération n’avait pas en lieu depuis trente ans. L’amin al-Moustafad répondait dernièrement aux habitants du quartier des Majoùlyin, presque tous indigents, qui se plaignaient du manque d’entretien de la ville: «Mangez-vous de la viande? –Non.– Alors vous ne payez pas la taxe de gorjouma: vous n’avez donc pas droit à la voirie!».-------- On peut ranger parmi les fonctionnaires d’ordre financier l’Aboù Maouârith, chargé de recueillir les héritages, et faisant fonctions en même temps d’oukil al-r’oyâb, représentant des absents. Nommé par le sultan, sur la proposition du gouverneur, il prélève son traitement sur les perceptions qu’il exerce, et se fait aider de deux adoul, nommés et payés également par le Makhzen. Il emploie en outre un Khadim al-r’ourba (serviteur des étrangers sans famille), inspecteur dont les fonctions consistent à constater et à signaler les décès survenus en ville.-------- L’Aboù-Maouârith est chargé: 1e de recueillir au profit du Makhzen les successions en déshérence; 2e de percevoir les droits du Makhzen sur les successions où il n’y a pas d’hériners fard et où il vient comme aceb; 3e d’administrer pour le compte des absents les successions qui leur sont dévolues; 4e de procéder à l’ensevelissement des pauvres et de personnes sans famille.-------- Ces fonctions, qui exigeraient beaucoup de tact et de discrétion, donnent lieu, par la façon brutale et intéressée dont elles sont exercées, à de fréquents scandales. Nous avons vu notamment l’aboù-maouârith apposer les scellés sur la boutique d’un commerçant moribond, avant de s’être assuré s’il était bien mort, et le malade, revenu subitement à la santé, arracher lui-même les scellés. Une autre fois l’aboù-maouârith dépouilla un voyageur dans un fondaq, parce qu’il le croyait atteint du choléra; quelques personnes charitables arrivèrent à temps pour le couvrir de vêtements et de couvertures, les siennes ayant été enlevées, et le sauver ainsi d’une indisposition passagère.
3 – Les fonctions du culte et le Qâdi -------- A la tête de l’administration religieuse se trouve le nâdher dont dépend tout le temporel. Il y a deux nâdher à El-Qçar, l’un venant du Fès et l’autre pris généralement dans la famille Taoud, du Djebel Habib, Nommés par le sultan. Ils doivent se contrôler mutuellement; mais comme leur traitement (2 fr. 50 par jour), pris sur les revenus des habous, est insuffisant à leur entretien, ils s’entendent tous deux pour tirer le plus d’avantages possibles des intérèts qui leur sont confiés. Ils présentant les dépenses comme égales aux recettes, ce qui leur permet de ne rien envoyer au trésor public.-------- Autrefois, les habous de chaque mosquée étaient gérés par un nâdher particulier, sous la surveillance générale du Qâdi. Mais ces fonctions furent centralisées, il y a une trentaine d’années, sous le règne de Sidy Mouhammad, entre les mains d’un seul nâdher, à l’exception de quelques haboùs particuliers, gérés par les descendants des chorfa ou des marabouts, ces habous ayant été constitués en faveur de leurs zàouyas. Le premier nâdher général fut Al-Hadj Mouhammad ben-Djelloul, venu de Fès; Si Abd as-Salâm Taoud lui succéda, et depuis cette époque, les habous sont restés sous l’administration d’un membre de la famille Taoud, bien que Si Abd as-Salâm ait été accusé d’avoir commis de nombreuses malversations. Ses descendants ont continué d’ailleurs à s’attribuer beaucoup de propriétés de haboùs, en détruisant les anciens registres pour en faire de nouveaux. Il est certain que les anciens registres n’existent plus et qu’on ne trouve plus actuellement que des registres écrits par des membres de la famille Taoud.-------- Les deux nâdher actuellement en fonction ont deux adoul, désignés aussi par le sultan et payés sur les habous.-------- Les fonctions des nâdher consistent à louer aux enchères les maisons, boutiques et fondaqs appartenant aux habous, à faire les réparations nécessaires à leur entretien et à rétribuer le personnel ecclésiastique. Ce personnel, nommé par les nâdher, à l’exception de l’Imâm de la Grande Mosquée, désigné directement par le sultan, comprend pour chaque mosquée un imâm, rétribue 2 à 5 douros par mois et chargé de diriger les cinq prière journalières, un Khatib, prédicateur faisant le prône le vendredi, plusieurs moûadhdhin, crieurs pour appeler à la prière, payés deux douros par mois, et pour la Grande Mosquée, un mouqit, chargé de régler les pendules en se servant de l’astrolabe et de prévenir le moûadhdhin en frappant à la porte du minaret lorsque l’heure est venue d’appeler à la prière: c’est donc le moûadhdhin de la Grande Mosquée qui appelle le premier, donnant le signal à tous les moûadhidhin de la ville. –Enfin les nâdher rétribuent le personnel judiciaire.-------- Si nous avons rangé le Qâdi parmi les fonctionnaires d’ordre religieux, c’est que ses fonctions d’interprète du droit qorânique font de lui le personnage le plus éminent et le plus respecté de la société musulmane, et que, quoique tenant ses pouvoirs du sultan, il est rétribué sur les fonds des haboùs, c’est-à-dire sur les revenus des fondations religieuses.-------- Le qâdi est nommé par le sultan; il est généralement originaire de Fès, jamais d’El-Qçar. Il reçoit du nâdher un traitement de dix douros par mois et une maison des habous, contigue au Dâr Makhzen, la Dâr chera ou Dâr al-qâdi. Son personnel se compse seulement de deux aoun, huissiers payés par les plaignants, mais il nomme les adoul (notaires), qui sont une vingtaine à El-Qçar.-------- Le qâdi juge au civil, conformément à la loi qorânique, dite chera, masi il ne tient pase de tribunal; il siège quand on va lui demander une décision qu’il ne rend pas publiquement et n’écrit même pas: ce système laisse naturellement porte ouverte à l’arbitraire; mais le plaignant qui ne recule pas devant un sacrifice d’argent pour obtenir gain de cause, peut en appeler du jugement du qâdi à un moufti, un fqih versé dans le droit et qui rend des fetoua (décisions juridiques) susceptibles de peser sur le jugement du qâdi, bien que celui-ci ne soit pas tenu de s’y conformer. On va généralement chercher des fetoua dans la montagne, chez les Djebala, les Beni Aroùs par exemple, renommés pour leur connaissance du chera. Cette institution serait utile si l’autorité du moufti était généralement reconnue comme dans les pays d’Orient; mais il arrive fréquemment que deux adversaires s’adressent à deux moufti qui se contredisent.-------- Outre le qâdi de la ville, El-Qçar est encore la résidence du qâdi des tribus de Khlot et de Tliq, dont le frère est qâid du Khlot. Les Kholty et Tliqy viennent le consulter ordinairement les jours de marché.
4 – Hadya et redevances diverses. -------- La hadya est un don régalien fait par le peuple au sultan, à l’occasion des trois grandes fêtes religieuses: el-Id el-Kebir, el-Id eç-çer’ir et al-Achoùra. Elle est perçue assez longtemps d’avance. Autrefois El-Qçar envoyait au sultan, pour chaque fête, deux mètres de drap, cinq mètres environ de colonnade et cinq mètres de mousseline, hadya représentant l’industrie particulière de la région. Ce don en nature fut remplacé, voici une quinzaine d’années, par celui d’une somme de 50 pesetas, à laquelle s’ajoutèrent 25 pesetas pour les frais, soit en tout 75 pesetas. Puis, cette somme fut doublée, il y a huit ans, et actuellement, bien que le don envoyé au sultan reste fixé à 50 pesetas, le gouverneur d‘Al-Arâich demande cent douros, et le Khalifa d’El-Qçar, trois cents. La seule corporation des tisserands, qui compte plus de cent métiers, a été imposée à raison d’une peseta par métier; enfin un impot de 1 à 5 pesetas a été perçu sur chacune des 1.800 maisons d’El-Qçar.-------- La hadya fait donc l’objet d’un farda, perçu par l’amin de chaque corps de métier. Le Khalifa fait venir l’amin et lui donne le chiffre à verser par sa corporation, en lui confiant deux mokhazny pour l’aider à vaincre la résistance de ses administrés. Les récalcitrants sont emprisonnés et ou ne les relâche que moyennant une somme dix fois supérieure à celle qu’ils devaient payer. Les protégés et censaux sont dispenses de hadya, mais leurs gens y sont astreints. Lorsque l’amin de corporation a ainsi réuni la somme demandée, il en prélève une partie pour lui, verse une sokhra aux mokhazny et porte le reste au Khalifa qui s’en contente généralement. L’our la hadya des maisons, les mokhazny passent de maison en maison, invitant les propriétaires, et non les locataires, à passer chez le khalifa qui les fait payer en raison de leur fortune. Les familles riches, qui lont de fréquents cadeux au gouverneur, ne sont pas astreintes à payer.-------- Outre ce don volontaire, transformé en impôt, la ville d’El-Qçar est encore soumise aux mêmes charges et redevances que les tribus, à l’exception de la harka et de la nâiba celle-ci étant payée par les tribus qui occupent des terres saltaniennes, comme taxe de remplacement pour le service militaire qu’elles ne fournissent pas, ne peut être appliquée à El-Qçar dont les habitants sont propiétaires du sol. Mais ils payent en revanche la gharama, la daira, la sokhra et la moùna, sans compter quelques impôt exceptionnels, perçus souvent arbitrairement. Pour donner une idée des charges qui pèsent ainsi sur le contribuable, nous donnons ci-après la liste des taxes qu’ont dù verser les Qçariens, pendant le seul mois de redjeb (septembre 1901):
-------- -------- Ces diverses sommes ont été versées dans l’espace d’un mois seulement.-------- Nous avons dit qu’El-Qçar ne fournissait pas de harka. La ville est cependant pourvue d’une force militaire, qui ne veille en aucune manière à sa sécurité, à moins que les habitants ne se cotisent pour payer quelques-uns de ces’askar, afin d’établir une garde pendant les moments de panique. L’autorité militaire n’a d’ailleurs aucun rapport avec le Khalifa qui ne peut pas s’en servir.-------- La garnison d’El-Qçar se compose d’un corps d’askar, de 85 hommes, caserbé à la Dàr R’ailân, où ils stationnent sans y coucher; ils ont chacun leur domicile particulier, étant mariés pour la plupart. Un tarbouche et un fusil constituent leur uniforme et leur armement. Le détachement est commandé par un colonel, qâid rahà, un lieutenant colonel, Khalifa, trois capitaines, qâid mya, et un nombre exagéré de moqaddem (sergents). Le colonel et son Khalifa reçoivent chacun 2 pes. 50 par jours, les capitaines 1 pes, 50, mais ils augmentant leurs émoluments, en gardant la solde de ceux de leurs hommes qui exercent un métier chez eux. Les soldats reàoivent 0 pes. 50 par jour, mais ne sont pas nourris, aussi cherchent-ils à gagner quelque argent par tous les moyens possibles, et notamment par la vente de leurs cartouches.
5 – Les Juifs: -------- La communauté israélite d’El-Qçar compte environ 2000 âmes. Elle est originaire, comme nous l’avons dit précédement, de Tétouan, en grande majorité, c’est-à-dire d’Andalousie. Mais il semble y avoir en à une époque inconnue, une immigration de Juifs de Marrakesch.-------- Renfermés autrefois dans un Mellah, dont l’entrée est au Darb ad-Diwân, les juifs d’El-Qçar ont débordé depuis plusieurs années dans la ville, où ils sont mélés aux musulmans.-------- L’ancien Mellàh était au Mahfar al-Hazan «troi du rabbin», en dehors de la ville, entre celle-ci et la qaçba des Oulad Acila, originaires des Oulad Al-Habty. Plusieurs maisons du mellàh actuel sont des haboùs musulmans, mais la plupart sont des Karqa, propriétés juives réelles, plus ou moins grevées de hazaqa. La hazaqa est le droit qu’exerce sur une maison neuve le premier locataire de cette maison, qui continue à percevoir sur les locataires postérieurs un droit de hazaqa. L’origine de cette coutume, qui tombe en désuétude dans les villes de la côte et notamment à Tanger, remonte à l’expulsion des Juifs d’Espagne. La Lutte pour l’existence étant devenue très âpre en pays musulmans, et les Juifs trouvent difficilement à se loger dans des maisons musulmanes, l’autorité ecclésiastique voulut mettre le locataire israélite d’une maison musulmane, à l’abri d’une expulsion causée par une surenchère venant d’un de ses coreligionnaires. Elle interdit aux Juifs, sous peine d’excommunication, de loeur le local à un prix supérieur au prix payé par le premier occupent. Le propriétaire musulman s’en souciait peu, puisque cette régle n’avait pas d’effet sur les locataires musulmans.-------- Mais par la suite, les premiers locataires trafiquèrent de ce droit de payer le prix fixé à l’origine. Ils cédèrent eux-mêmes leurs places à d’autres Juifs, en continuant à percevoir sur eux un droit dit de hazaqa, qui s’exerce encore, depuis plusieur siècles, non seulement, sur la Karqa, propriété juive réelle, mais principalement sur la propriété musulmane.-------- Le Juifs d’El-Qçar se sont peu à peu affranchis toutes les obligations qui leur expulsion été imposées, à leur entrée au Maroc, après leur expulsion d’Espagne, et ne payent aucun impôt. Ils ne sont pas maltraités par les musulmans, ils sont même jusqu’à un certain point redoutés par eux et considérés par les autorités marocaines comme jouissant tous, à un titre quelconque, de la protection d’une nation européenne. Un très petit nombre de familles juives d’El-Qçar sont à leur aise, la grande majorité vit dans un état de pauvreté voisin de la misère. Les principaux commerçants israélites ne trafiquent pas d’ailleurs avec leurs propres capitaux, mais avec ceux de négociants israélites de Tanger ou de Tétouan.-------- Les Juifs d’El-Qçar, comme tous ceux du Maroc, sont régis, pour leur statut personnel, par la loi du Talmud et suivant le rite portugais. Malgré la faculté qui leur est laissée d’épouser deux femmes, la polygamie y est très rare de même que le divorce. Le fanatisme a complètement disparu chez ces Juifs; ils ont cependant restés très attachés à leur religion, dont ils suivent les prescriptions, à la lettre. Mais l’autorité des rabbins, autrefois considérable, tend à s’effacer, et la nouvelle génération ne la supporte qu’avec une certaine impatience. Les jeunes gens appartenant aux familles aisées ont abandonné le costume israélite, pour adopter les vêtements européens, et la rapidité d’assimilation de ces jeunes gens aux formes extérieures de notre civilisation est réellement remarquable.-------- Les Juifs, étant marocains, sont administrés par les autorités marocaines. En général, le gouverneur nomme un chaikh, pris dans la communauté, et qui est chargé de toutes les questions d’ordre et de police. A El-Qçar, cette coutume est depuis longtemps tombée en désuétade et les Juifs sont soumis au droit commun. Pour l’entretien des synagognes, le paiement des rabbins et les œuvres de charité, la communauté est administrée par une assemblée (junta) composée d’une quinzaine de personnes notables de la communauté, se réunissant à la synagogne sous la présidence du grand rabbin, mais n’écrivant même pas ses décisions.-------- Cette assemblée établit le budget, dont la principale ressource est une taxe de 24 centimes par livre de viande abattue, payée par le boucher. Si les recettes produites par cette taxe, sont insuffisantes pour couvrir les dépenses, on y pourvoit par des souscriptions et des quètes. En avril et en août, notamment lors des fêtes du pain azyme et des cabanes (soukkot), le grand rabbin ramasse, au profit de la caisse de la Junta, un à quatre douros, par maison capable de payer.-------- La communauté israélite veille avec le plus grand soin à subvenir aux bessoins de ses pauvres, et à leur permettre de célébrer convenablement le jours du sabbat et les fêtes religieuses. Elle contribue, en outre, à l’œuvre israélite générale. Tous les ans, des rabbins viennent de Jérusalem et parcourent les mellah du Maroc en recueillant des offrandes; ils sont logés chez les Israélites notables de la ville et leurs exigences ne laissent pas que d’être parfois indiscrêtes.-------- Au point de vue rabbinique, le grand rabbin d’El-Qçar relevait autrefois de Marrâkech, où on faisait appel de ses jugements, ce qui peut constituer une preuve à l’appui de l’hypothèse d’une immigration à El-Qçar, de Juifs originaires du Sud.-------- Depuis une cinquantaine d’années, El-Qçar est rattachée à Tétouan. Il y a quelques années encore le grand rabbin de Tétouan prononçait des jugements d’excommunication contre des Juifs d’El-Qçar.-------- Aujourd’hui, le personnel rabbinique est ainsi composé: un grand rabbin nommé par le grand rabbin de Tétouan, et trois rabbins faisant fonctions d’abord. Le traitement du grand rabbin est: 1e une part de la taxe sur la viande; 2e une part des aumônes: 3e le droit d’égorgement des poulets, opération qu’il pratique lui-même; il se promène à cet effet dans le mellàh, le vendredi soir, un rasoir à la main. On le paye apr abonnement, de 2 pes, 50 à 10 pesetas par an, suivant la quantité de poulets qu’on fait tuer, le 9e jour du mois de Tisry (1er mois). Les Juifs sont tenus de faire tuer leurs poulets par lui, amis tout rabbin indépendant peut tuer lui-même.-------- Il y a quatre synagognes à El-Qçar: trois au mellâh et une grande qui est aujourd’hui détruite. Une seule appartient à la Junta; les deux autres sont à deux particuliers, Nahou et Melloul.L’instruction est donnée actuellement dans trois écoles rabbiniques payantes (1 pes. Par mois), toutes trois dans une même maison, appartenant aux haboûs de la mosquée d’Ibn Rahmoùn, louée deux douros par mois. On n’y donne qu’un enseignement exclusivement religieux et incompatible avec les besoins de la communanté israélite. |