|
|
•LE
MAROC AVANT L'ISLAM• •1
- La préhistoire: le Premier Homme Marocain• Des restes
du premier homme fossilisé ont été trouvés à Sidi Abderrahman (près
de Casablanca), à l'instar de l'Homme de Néanderthal (Homo Néanderthalensis),
au seuil de la IVéme ère géologique. Mais le
premier homme n'a fait que passer, ce qui explique sa présence à Kébibat,
près de Rabat, puis à Acheqqar (Tanger). Mais l'analyse de l'Homme de
Rabat fait ressortir des éléments proches de ceux du Néanderthal
(Hesperis, 1935 p.35), ce qui prouve qu'ils appartiennent à la même
date, c'est à dire 40.000 ans avant J.C. (Découvertes
faites à Düsseldorf en 1857 selon LULL, the Evolution of Man p.26). Ce
processus géographique qui fit passer ce premier homme marocain du Sud
au Nord se termina par l'avènement de l'Homme du Jbel Irfoud, près de
Safi en 1961, puis celui de Taforalt (prés d'Oujda), après celui de
Rabat(1933) et celui de Fès (découvert récemment). Néanmoins,
on fait remonter, en se basant sur des fouilles effectuées en Palestine
(Jbel Kafza à Nazareth) et à Qafça en Tunisie, que l'Homme dit
Capsien est à l'origine de l'Homme marocain et de la symbiose maghrébo-orientale. •Pour
d'autres renseignements plus détaillés sur cette période, vous pouvez
vous référer aux documents suivants:• -A. Breuil:
Faits nouveaux reculant considérablement l'antiquité de l'homme du
Maroc- C.R. des séances de l'Ac. des Inscriptions et Belles Lettres, 30
oct. 1942. - Cheynier
- L'homme au temps des cavernes -Ed. du Scorpion, 1965. - G. Choubert
et Jean Marçais: Le
Quaternaire des environs de Rabat et l'âge de l'Homme de Rabat - Académie
des Sciences, 1947. - Lionel
Balout - Les hommes fossiles du Maghreb et du Sahara Inventaire
descriptif et critique - Alger (214 p.). - J. Marçais
- Découvertes de restes humains fossiles dans les grès quaternaires de
Rabat - l'Anthropologie, t. XLIV, 1934. -R. Neuville
et A. Ruhlmann, la place du paléolithique ancien dans le
quaternaire marocain, Casablanca 1941(pp. 49-91).- Publ. du Service des
Antiquités du Maroc fasc., 6, Rabat, 1941 (pp 15-35) - Henri
V. VALLOIS - L'homme fos. de R.C.R. des Séances de l'Ac. des
Sc. 26 nov. 1945 ( la nature, 15 avril, 1946) - R. Neuville
et A. Ruhlmann - L'Age de l'homme fossile de Rabat - R.V.
l'Anthropologie, T.S.I., n°1-2 (1949) - A. Ruhlmann
- l'homme f. de R.. - Liste de la faune de la malacologie des différents
niveaux marins du gisement de Kébibat - Hesperis, XXXII, 1945 •ORIGINE
DU MAROC• •2-La
Phénicie ( 1100-600 avant J.C.)• - Faits
saillants: Lixus a été
fondée en l'an 1101 avant J.C., ainsi que Leptus Magna en Lybie (à 60
km de Tripoli), dite Lemta et vers la même date Lemta de Noun près de
Guelmim. Avant l'Ilot d'Essaouira ( Mogador), les Phéniciens avaient édifié
la ville de Safi, appelée alors Accra. Le pourpre, symbole phénicien,
est une des preuves de ce passage qui se termine dans la région de
Ghana, bien au Sud où sa capitale porte le même nom. •3-
Carthage• - Faits
saillants: Quant à
Carthage, (son nom cananéen, c'est à dire phénicien, veut dire Qariat
Haddach ou Qaria Haditha = nouvelle cité) le même phénomène se
produit, en ce qui concerne Lixus où la ville Oppidum Novum (cité
nouvelle), fut construite par les Romains à la place de El Ksar El Kébir.
Ainsi, Carthage fut édifiée en 814 avant J.C. et détruite par Scipion
Emilien, en 146 avant J.C. Aussi édifiées
durant la même période: Rusadir (Melilla), Tingis (Tanger), Zilis (Asilah). •4-
La période romaine (à peu près 100 ans avant J.C. - vers 429)• - Faits
saillants: - Création
de la province de Mauritanie Tingitane: 46 avant J.C. - Juba II
(25 avant J.C.- 33): Il envoya
des expéditions vers l'Atlas et les Iles Fortunées (Canaries). -
Epanouissement des villes: Les
colonies romaines au Maroc s'intégraient dans un triangle au sein de la
Mauritanie Tingitane, suivant un triangle connu sous le nom de
"miles romaines", partant de Tamouda, prés de Tétouan et
finissant à Sala Colonia Romania (Chellah), en passant par Oppidum
Novum, Volubilis, Banasa et Thamusida (près de Mehdia). - Troisième
siècle: le christianisme apparaît au Maroc. •5-
Les Vandales et les Byzantins• - Faits
saillants: - Invasion
des Vandales: 429-533 Les
Vandales qui ont donné leur nom à Vandalousie (Andalousie) n'avaient
pas dépassé le Nord de la Mauritanie Tingitane, c'est à dire qu'ils
n'avaient jamais atteint Sala Romana. - Conquête
byzantine: 533 •
L'ISLAMISATION ET LA NAISSANCE DE LA NATION MAROCAINE• L'Islamisation
du Maghreb commença en l'an 50 de l'hégire, avec Oqba Ibn Nâfii. Il
nous suffit de constater, avec MICHAUX BELLAIRE, que lorsque, vers 680,
Oqba apporta l'Islam au Maroc, pour la première fois, la religion
nouvelle fut "acceptée comme une délivrance par les
populations". Pas plus que l'Ifriqiya, la Tingitane ne réagit
contre les nouveaux conquérants qu'elle accueillit en libérateurs. Les
chefs arabes étaient tout disposés à comprendre le monde berbère
dont la structure sociale et les mécanismes économiques n'étaient guère
différents de ceux du monde bédouin. •Les
campagnes d'Islamisation• - La
campagne d'Oqba (681-683) qui arriva aux environs de Ceuta. - Le mythe
d'Oqba: Oqba poussant son cheval dans les flots de l'Atlantique pour
montrer qu'il ne peut aller plus loin. - La
campagne de Moussa Ibn Nouçayr (698-715): - Prit
Tanger, se dirigea ensuite vers le sud-ouest, prit le contrôle des
plaines atlantiques du Maroc, puis Volubilis et se dirigea vers le Draâ
et le Tafilalet. - La résistance
berbère cristallisée autour de la Kahina qui fut tuée en 702. - Les berbères
marocains se convertirent rapidement à l'Islam, Ibn Nouçayr confia aux
2 fils de la Kahina d'importantes responsabilités. Tarik Ibn Zyad reçut
le commandement d'une troupe de 12.000 berbères destinée à envahir
l'Espagne. - Le Maroc
passé sous la souveraineté des khalifes de Damas puis de Bagdad est
administré par les gouverneurs locaux. - En 732,
arrêtés dans leur conquête à Poitiers par Charles Martel, les arabes
refluent en Espagne. L'Islam, au
dogme simple, accessible à tous, sans hiérarchie, sans formalisme, a
pu conquérir une grande partie de l'Humanité, dans l'espace record de
quelques décades. L'histoire a rarement donné l'impression d'une
spontanéité aussi nette dans la conquête pacifique des coeurs. "Jamais
l'Arabe, reconnaît E.F. GAUTIER, dans toute l'ardeur de sa foi
nouvelle, n'a songé à éteindre dans le sang une foi
concurrente", c'est que "la tolérance est liée, précise-t-il
encore, aux concepts et aux instincts les plus profonds du Vieil
Orient" (Moeurs et coutumes des Musulmans, pp. 207-214) Les conquêtes
de l'Islam ne tendaient ni à exploiter les terres conquises, ni à
implanter l'élément arabe par une immigration massive. Pour toute
l'Afrique du Nord, le chiffre des arabes n'a guère dépassé 110.000
jusqu'au IXème siècle, la plupart résidant en Tunisie. Les doctes
de la loi musulmane ont toujours été réfractaires à l'idée de
"l'Islam religion unique d'Etat". Quand au moyen âge le
Sultan Ottoman, SELIM, voulut en appliquer le principe dans l'Empire
Musulman, le "Cheikh El Islam" de l'époque s'y opposa catégoriquement,
invoquant le respect reconnu par l'Islam à la liberté de conscience. Au Maghreb,
les Juifs ont vécu côte à côte avec les Musulmans depuis le VIIème
siècle. Ils étaient admis très tôt, dans les murailles de Fès,
ville sainte pourtant. Déjà, vers l'an mil, la colonie juive de la
capitale idrisside comptait 5000 âmes
qui célébraient librement leur culte, dans des synagogues élevées en
pleine médina. D'autre part, un des quartiers de Fès, dit
"quartier de l'Eglise", semble avoir groupé, dès cette époque,
les éléments chrétiens de la ville. Les
"gens du livre" (Chrétiens et Juifs) étaient admis à jouer
un rôle non négligeable au sein de la société marocaine. Sous le
sultan Almoravide, ALI BEN YOUSSEF BEN TACHAFINE, la perception générale
des impôts au Maroc était confiée à un chrétien. Le représentant
de cette dynastie puritaniste n'hésita pas à suivre ainsi l'exemple de
son collègue de Cordoue, EN-NACER, qui chargea de l'Administration des
contributions dans toute l'Andalousie, le Juif HASSADAL. Le Maghreb
semble avoir connu, au cours de la période anté-islamique et sous des
dominations étrangères successives, un chaos indéfinissable. "Ni les Phéniciens, ni les Carthaginois, ni même
les Romains, n'ont cherché, affirmait MICHAUX-BELLAIRE, à mettre de
l'ordre dans cette confusion; ils ont tiré de ce pays ce qu'ils ont pu,
s'occupant des produits beaucoup plus que des habitants et dans les régions
où les dominations romaines et byzantines se sont exercées
directement, il semble que les indigènes étaient réduits à un état
voisin de la servitude, soumis aux plus dures corvées et aux charges
les plus écrasantes". Mais, si
l'Afrique a pu, peut-être, bénéficier de quelques inventions
carthaginoises dans la technique agricole et assurer à peine sa
consommation locale, "l'Afriqua (romaine) tout entière appartenait
à cinq grands personnages romains; le plus grand propriétaire foncier
était l'empereur". Le pays prit alors l'aspect d'un grand domaine
systématiquement exploité (André JULIEN). Aussi,
lorsque vers 680 Oqba Ibn Nafii apporta l'Islam au Maroc, pour la première
fois, "la religion nouvelle fut-elle acceptée comme une délivrance
par les populations les plus faibles et par conséquent les plus écrasées
d'impôts" (Conférences p.2). C'est
encore MICHAUX BELLAIRE qui, établissant un parallélisme entre
l'oeuvre du christianisme et celle de l'Islam, affirme que "le
christianisme semble n'avoir apporté en Afrique que les luttes
religieuses, les persécutions et les schismes" (Ibid p.246). C'est
là ce que M. TERRASSE appelle "l'ordre latin et chrétien". •Les
grandes dynasties marocaines• ...Le
Maghreb extrême, au contraire (des autres pays de l'Afrique du Nord),
est fréquemment parvenu, sous la domination de puissants souverains, à
prendre l'aspect d'un Etat. Les Chorfa Idrissides, les conquérants
Almoravides, Almohades, Mérinides, les Chorfa Saâdiens et Filaliens,
qui ont au cours des siècles, exercé successivement le pouvoir dans
les mêmes lieux, non sans interruption d'ailleurs, ont réussi à y créer,
malgré l'opposition de leurs sujets, la tradition d'un gouvernement de
l'Occident, qui n'est pas indigne d'être comparé aux grandes
monarchies de l'Islam oriental... ( Les Berbères
et le Makhzen dans le Sud du Maroc, Paris 1930, p.3) |
|