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Institutions Commerciales
1 - Le Mohtasib ---------- La charge de Mohtasib est une des plus anciennes institutions de police des Arabes. Elle date des débuts du khalifa d'orient. Le célèbre jurisconsulte Al-Mâwardy lui a consacré le dernier chapitre de son traité de droit public musulman, et un grand nombre d'auteurs ont écrit des traités entiers sur les devoirs de cette charge. Elle n'était donnée d'ailleurs à l'origine, qu'à des gens d'une piété et d'une honnêteté rigoureuses. Plusieurs écrivains célèbres l’ont occupée: notamment le fameux historien de l’égypte, Taqy ad Din al-Maqrizy, qui fut Mohtasib au Caire, à deux reprises différentes, et en profita pour écrire son traité des monnaies et des poids el mesures, et pour donner une notice sur cette charge, dans sa Description de l'égypte.---------- D’après lui, la hisba, (hasba au Maghrib) ou ihtisab, charge de mohtasib, est une dignité ceclésiatique. Le mohtasib d’égypte tenait une sorte de tribunal, alternativement dans une des principales mosquées du Caire et de Miçr, et dirigeait un grand nombre d’inspecteur qui visitaient les marchés et les soûq, apportaient à leur chef des échantillons de vivres et de viande, veillaient à la liberté de la circulation et empêchaient qu’on chargeât trop les bêtes de somme, enfin son autorité s’étendait sur l’hôtel de la monnaie, en sus de l’inspection des monnaies, et des poids et mesures.---------- Les droits et devoirs de la hisba ont d’ailleurs été formulés avec précision par Al-Mâwerdy. Cet auteur impose neuf obligations au mohtasib, et les développe en citant de nombreux exemple. Ce sont les règles théoriques de la charge, que d’autres écrivains, An-Nabrâwy, entre autres, ont entrepris de formuler pour la pratique. An-Nabrâwy, avait occupé la hisba. Nous lisons dans son traité que l’inspection du mohtasib s’exerce non seulement sur tous les marchands et industriels, mais encore sur les médecins, les maîtres d’écoles, les tenanciers de bains et les filles publiques. Il doit vérifier les poids et mesures, s’assurer que personne ne construit d’édifice en dehors de l’alignement des rues, que les commerçants n’entravent pas la circulation par leurs marchandises et donnent exactement le pôids convenu, et pour cela il n’hésite pas à envoyer un enfant acheter quelqu’aliment afin de prendre le marchand en faute. Il choisit lui-même les crieurs publics parmi les hommes honnêtes et sûrs, et les courtiers d’esclaves parmi ceux qui sont connus pour leur chasteté et leur abstinence. Il oblige les médecins à s’en tenir à la règle d’Hippocrate et n’autorise les oculistes à exercer leur métier qu’après leur avoir fait passer un examen sur les Dix traités de l’œil du célèbre llonain ben Ishâq. Il veille aux bonnes mœurs et châtie l’ivroguerie et l’adultère, il dispose d’ailleurs de trois sortes de châtiments: le fouet, le nerf de bœuf et le tarjour, bonnet ridicule dont on coiffe les coupables et qui doit rester suspendu comme enseigne à la porte du mohtasib, pour jeter l’effroi dans les cœurs des malfaiteurs.---------- Mais nous faisons une remarque curieuse dans ce traité, c’est qu’il est défendu au mohtasib de fixer le prix des marchandises et de forcer les marchands à les vendre à un prix déterminé. Or c’est justement de nos jours la principale raison d’être du mohtasib au Maroc.---------- Ibn Khaldoùn, dans ses prolégomènes, résume quelques unes de ces obligations, puis au XVII siècle, Al-Maqqary décrit la hisba telle qu’elle existait à l’époque du Khalifat en Espagne. Le mohtasib se rendait à cheval chaque matin au marché avec ses agents, aoun, portant des balances pour peser le pain, car le prix du pain était fixé par lui, ce qui était déjà une dérogation aux régles établies en orient d’après les Traditions. Il en était de même pour la vente du mouton. ----------Ceux qui donnaient un poids inférieur au poids exigé étaient châtiés, exposés sur la place publique et bannis de la ville. Le mohtasib que les Espagnols, principalement en Andalousie, où on l’appelle fiel almotazan de pesos y medidas (officier inspecteur des poids et mesures), il fixe le prix de vente du pain, de la viande et de l’huile.---------- Au Maghrib, l’institution a subi, au cours des siècles, quelques modifications analogues à celles que nous avons remarquées en Espagne. Léon l’Africain, passant à Fès vers l’an 1500, donne une notice sur ce fonctionnaire, qu’il appelle le «chef des consuls, qui tient ordinairement douze sergens en sa maison, qui l’accompaignent quand il va par la cité essayant le pois des bouchers avec ce qu’ils vendent, puis vient visiter le pain, et s’il ne le trouve pesant son poids, le fait briser en pièces, faisant donner aux boulangers des coups de poing si démesurez sur la nuque du col, qu’on le laisse tout martyr et enflé…---------- Le roy donne cet office aux gentilzhommes qui le demandent à Sa Majesté, mais on en souloit anciennement pourvoir personnes doctes et bien moriginées, toutefoys maintenant, les ignorans et les gens de basse condition l’impretreront plus facilement que d’autres, à qui il seroyt mieux employé».---------- Il est intéressant de rechercher ce qu’est devenue la fonction du mohtasib de nos jours. A Tanger, comme nous l’avons constaté, le mohtasib dirige la police intérieure des marchés, et même la police de la ville, dans une certaine mesure, puisqu’il veille à la liberté de la circulation, aux attroupements, etc… il fixe les prix des données chaque matin et bien plus envoie ces tarifs aux oumanâ de la douane, pour leur permettre d’estimer les marchandises qui passent devant eux, il poursuit les fraudes et falsifications, nomme les amin des corps de métiers et décide en appel des titigtres qui leur sont soumis.---------- A El-Qçar, ville de province, où les agents administratifs ne sont soumis à aucun contrôle, où l’arbitraire peut s’exercer sans risquer de léser les Européens et leurs protégés, où enfin le mohtasib, mal rétribué, bien qu’il ait payé sa charge à Fès, et exposé à des disgrâces, doit rentrer rapidement dans son argent, cette sanction a perdu administrativement, mais son rôle financier s’est élargi. De même l’amin de corps de métier, a perdu son rôle administratif et arbitral pour ne gardrer qu’un rôle financier.---------- Le mohtasib est nommé par le sultan. Ses appointement sont de 50 oukya (onces) par mois, c’est-à-dire un peu moins de 2 pesetas. Il a du cependant acheter sa charge 6 on 800 douros, sans compter les sommes qu’il envoie chaque année au Makhzen. Mais il sait se constituer des revenus par les moyens que nous allons étudier. --------------------Administrativement, il est chargé de la surveillance des marchés et des corporations, mais il ne s’occupe en aucune façon de la police de la ville. Il nomme les amin (vulg : lamin) des corporations sur la proposition de la djmâ’a de chacune d’elles, mais ces fonctionnaires ne font que toucher les droits imposés aux corporations et n’ont aucun pouvoir arbitral, les contestations entre ouvriers et patrons, entre acheteur et vendeur, sont portées devant le mohtasib ou devant le Khalifa, il exerce une surveillance sur les fours de boulangers, vérifie les poids et mesures et donne chaque matin la taxe, des marchandises suivantes: pain, viande, poisson, raisin, huile, beurre, beignets (Sfendj), charbon et patates, il punit les infractions à ses ordres par la bastonnade qu’il fait appliquer à l’aide d’une corde appelée falaka, mais il a un moyen plus pacifique et plus sûr de se faire respecter, c’est abaisser les tarifs des denrées. Les marchands, lésés dans leur commerce, se réunissent alors et décident d’offrir un cadeau important au mohtasib pour obtenir une augmentation de tarifs. Le mohtasib donc les commerçants entièrement dans sa main. Il en profite pour percevoir, à son profil, un certain nombre de taxes arbitraires.---------- Chaque baqqâl paye 0 fr. 25 par semaine au mohtasib, ils sont au moins une centaine. Les marchands de Sfenj beignets à l’huile), un douros ½ par semaine et par boutique.---------- Les marchands de légumes ambulants, 0 fr. 25 par semaine.---------- Les marchands de pain en plein vent (Khabbâz): au dessous de 20 pains mis en vente (non vendus) 1 pain et 5 onces (0 pes. 20) et au dessus, 2 pains et 5 onces et du son en quantité indéterminée, cette évaluation n’est pas calculée par jour, mais par planche (louh) sur laquelle ils étalent leurs marchandises. Généralement, le mohtasib perçoit la valuer de ces pains en argent. En outre, il vend la charge d’amin des Khabbâza, charge qui rapporte à cet amin le privilège de vendre seul son pain, à l’exclusion de tous les autres, les mardi, mercredi et jeudi jusqu’à une heure de l’après-midi, le mohasib en profite pour écouler à ce khabbâz toutes les farines plus ou moins avariées qu’il a confisquées à une époque quelconque.---------- Au marché au poisson, le mohtasib retient 2 livres de poisson, ou 2 pesetas, par chonary –charge d’âne) de poisson apporté à la vente. Pour autoriser les juifs à tuer les vaches, contrairement à la loi musulmanes, il reçoit des bouchers juifs 1 douros par jour. Il devrait de même interdire aux juifs de vendre des métaux n’ayant pas un titre suffisant, mais comme il ne possède ni poinçon ni moyen d’inspection d’aucune sorte, il se contente de toucher une petite prime sur les objets vendus. La revision des poids et mesures est également une source de bénéfice pour le mohtasib. Il fait venir à son bureau tous les marchands avec leurs poids, fait réunir tous ces poids ensemble autour de lui, perçoit 3 pes. 50 par boutique, appose un poinçon sur chaque poids et le rend indistinctement, sans s’occuper s’il est exact et s’il est rendu au même propriétaire. Cette vérification n’a aucune valeur car tous les poids sont faux.---------- Les taxes perçus sur les bouchers sont plus lourdes encore. On s’en rendra mioux compte en prenant un animal de boucherie, depuis le marché jusqu’à l’étal du boucher. Un mouton, qui se vend au marché 2 douros ½, paye d’abord 6 centimes de droit de marché à l ‘amin al-Moustafad (payés par le vendeur), le boucher l’emporte et verse un réal (0 pes. 25) de Dâr Râ’y (lieu où on réunit les moutons en attendant l’abattage, et tenu par un boucher qui le loue aux haboùs de la zâouya des Taohâmyîn). A l’arrivée du mouton à l’abattoir, il y a un réal (0 pes.25) à payer pour l’imâm qui l’égorge selon le rite.---------- Le mohtasib perçoit 1 réal (0 pes.25), l’amin al-Moustafad perçoit en outre pour le Makhzen, 3 centimes par mithqal (0pes.40) sur la valeur de la peau, à payer par moitié entre vendeur et acheteur (de la peau). Enfin le mohtasib se fait remettre par les bouchers 2 livres de viande par jour, pour sa nourriture.---------- Pour un taureau, les taxes sont moins nombreuses, parce qu’on le conduit directement du marché à l’abattoir sans passer par la Dâr Râ’y. On paye alors: droit du marché, 1 peseta par moitié entre acheteur et vendeur, droit de gorgouma, 9 mithqals (3 pes.60) pour l’amin al-Moustafad, plus 1 cent. ½ par mithqal pour la vente du cuir, 2 pes pour l’imâm égorgeur et 2 pes pour le mohtasib.---------- Du temps de Moulay abd-ar-Rahmân, la peau de tout animal tué (bœuf, mouton, etc…) était laissée pour le sultan, qui faisait lui-même le commerce des cuirs et peaux, ce qui provoque un jour cette explosion de colère du qâdi de Fès, Ben Souda, en pleine Khotba: «O Dieu! Fauche la postérité de quelconque spécule sur les peaux!».---------- Les exemples que nous venons de donner montrent comment l’institution du mohtasib, basée sur les principes de la Sonna et crée par les premiers Khalifes pour donner des garanties d’honnêteté aux transactions commerciales, est devenus de nos jours au Maghrib un instrument d’exaction, et une sérieuse entrave au développement du commerce et de l’industrie.
2 – Les corporations: ---------- Le Mohtasib tient dans sa main les corporations, par son autorité sur les amin. Les anciennes corporations, autrefois solidement organisées, ont eu des destinées bien différentes dans les diverses régions du Maghrib. A fès, elles se sont couservées presque intactes, mais, à mesure qu’on s’avance vers les côtes, on n’en trouve plus trace, on les voit se désagréger et perdre leur indépendance avec leur organisation.---------- A El-Qçar, les corporations existent encore, on les appelle hanta, mais elles n’ont plus aucune indépendance et leurs règles corporatives sont presque perdues. La hanta comprend les individes exerçant le même métier. Et réunis ordinairement dans le même qoûq. Elle est administrée par un conseil, une djamâ’a, dont tous les membres de la corporation font partie, mais qui se réunit très rarement, ses réunions ont lieu lors des nezâha, réjouissances obligatoires dont nous avons parlé précédement, et lors des moûsem ou amara de marabouts. La djamâ’a propose au mohtasib la nomination de l’amin.---------- Ce personnage, qu’on appelle volgairement lamin pour le distinguer de l’amin du Makhzen, est nommé par le mohtasib, auprès de qui il reprèsente la hanta. Mais ces fonctions sont limitées à la perception des impôts pour l’amin al-Moustafad, des hadya pour le Khalifa et des taxes arbitraires pour le mohtasib. Il ne sert même plus d’arbitre: les contestations entre ouvriers et patrons, entre acheteurs et vendeurs, réglées à Tanger devant le lamin, sont portées ici devant le mohtasib. Les corporations juives, telles que celles des orfèvres ont des lamin juifs.---------- Lorsqu’un nouveau gouverneur arrive à El-Qçar, les hanta sont convoquées par le Khalifa, chacune sous la direction de son lamin, pour accompagner en cortège les autorités de la ville qui vont à sa rencontre, les ouvriers s’y rendent en armes, tirant des coups de fusil. Chaque lamin va alors souhaiter la bienvenue au gouverneur qui lui rend ses salutations lorsqu’il est poli, ce qui n’est pas fréquent. Il n’y a pas de règlements corporatifs écrits, mais on constate encore l’existence de quelques vestiges des anciennes coutumes. Il est de règle, par exemple dans tous les corps de métiers, qu’un travail commencé par un ouvrier ne peut être continué par un autre, à moins que le premier soit décédé. La corporation tout entière s’y opposerait.---------- Certaines corporations sont restées exemples de farda pour toutes les charges des contribuables (sokhra, mouna, etc…) et ne payent pas non plus le haqq al-habs, droit desortie de prison: les menuisiers (najjâra), les maréchaux ferrants (semmâra) et les forgerons (haddâda). Ces charges sont remplacées par des corvées (Koulfa). Le Makhzen a recours à ces ouvriers sans les payer. Les porteurs d’eau, réquisitionnés lors du passage d’une mahalla, sont également exempls de charges, il en était de même autrefois pour les dabbâr’a (tanneurs) qui fournissaient les outres en peau transportées a des mules, ainsi que les cuirs pour la fabrication des tentes, mais cet usage est tombé en désuétude. Les cordonniers seuls payaient toutes les charges, aujourd’hui, la plupart des corporations acquittent ces taxes.---------- Chez les tanneurs, le droit de protection européenne n’est pas reconnu: un tanneur ne pourrait invoquer sa qualité de protégé pour se soustraire à une taxe relative à la tannerie. Au Soùq al-haik, les marchands ont voulu exercer la même contrainte sur leurs collégnes protégés: ils se sont syndiqués récemment pour racheter l’achour de leur soùq, aux enchères, à l’amin al-Moustafad, par l’intermédiaire de leur lamin, et partager ensuite de leurs affaires.---------- Les protégés européens, exempls d’impôt vis-à-vis du Makhzen, sont ainsi obligés de payer sous peine d’être disqualifiés: c’est un exemple de syndicat de résistance contre les privilèges crées par la protection consulaire.---------- Enfin nous avons été témoins à El-Qçar d’un autre phénomène social: la grève (r’our’a). Le mohtasib, qui avait à se plaindre des bouchers, ayant récement abaissé le prix de vente de la viande de 10 centimes par livre, les bouchers ont fermé leurs boutiques et ont cessé de tuer. Leur résistance a été, il est vrai, de courte durée, aucune autorité administrative ne se trouvent là pour écouter leurs doléances, ils se sont réunis, ont décidé d’offrir un cadeau au mohtasib (une dizaine de douros) et l’ancien tarif a été rétabli.
3 – La vente aux enchères ---------- Un certain nombre de biens moubles et immeubles se vendent aux enchères, sous la surveillance du mohtasib tant sur les marchés que dans les soùq ou même dans les rues de la ville. Les crieurs publics chargés de cette vente sont les dellàla, dont nous avons déjà exposé les attributions. Les dellàla d’El-Qçar au nombre de seize, sont nommés par le mohtasib sur la proposition de l’amin des dellàla. Responsables de leurs ventes, ils sont tenus de fournir un garant (dàmen) pour le cas où ils perdraient les objets qui leur sont confiés: cette garantie est établie par document d’adoul déposé entre les mains de l’amin. Celui-ci est également nommé par le mohtasib. Il a le monopole de la vente des proriétés immobilières, des esclaves et des objets d’or et d’argents revêtus du poinçon de Fès.---------- Sont soumis à la vente aux enchères: les animaux, les djellâba, la peau tannée, les objets d’occasion (bric à bric), les bijoux, les esclaves, les immeubles, les boutiques de haboùs (en location), les marchandises du Soùq al-haik, du Soùq as-sabbât et toutes les marchandises qu’on désire vendre par ce procédé.---------- Le dellàla ne touche aucun traitement du Makhzen, mais il reçoit une commission sur les objets qu’il vend, payée par le vendeur, 1 centime par mithqal (40c) pour les objets de grande valeur, et 7 centimes par mithqal pour ceux de peu de valeur. Cette commission lui est payée lorsque l’objet est vendu: s’il n’est pas vendu, le dellàal ne reçoit que la moitié de la somme qui lui serait due en cas de vente. La fonction de dellàl peut être occupée par des juifs.---------- Nous avons exposé précédemment comment les dellàla procèdent à la vente aux enchères, mais nous n’avons pas parlé de la vente de esclaves, qui n’existe plus à Tanger. Elle est encore pratiquée journellement à El-Qçar.---------- Les esclaves, appelés autrefois abbd el khadim, sont aujourd’hui connus plus généralement sous les noms de ouaelf et ouaelfa (fém). Ils se vendaient, il y a peu de temps encore, au Soùq ar-razal (marché à la laine filée) le matin de très bonne heure. Aujourd’hui, ou les promène et on les vend dans les rues. Ces esclaves, généralement nègrese, mais quelquefois mulâtres, viennent de toutes les provinces du Maghrib, les anciennes caravanes d’esclaves de Marrâkech n’arrivent plus jusqu’à El-Qçar, mais plusieurs négociants de Fès en achètent ici pour les revendre à Fès, où le prix en est plus élevé. Une négresse vaut à El-Qçar de 50 à 300 douros, un homme de 20 à 150 douros, suivant son âge et ses aptitudes.---------- L’amin des dellâla, qui seul vend les esclaves, fait marcher l’ouaelf devant lui, dans la rue, lorsque c’est une femme, il doit lui acheter un haik pour la couvrir si elle est mal vètue et en retenir le prix lors de la vente, mais on ne prend même plus aujourd’hui cette précaution. L’acquéreur peut faire entrer l’esclave chez lui et l’examiner, la faire travailler même pour se rendre compte de son habileté (ce sont ordinairement les femmes qui s’en occupent lorsqu’il s’agit d’une ouacifa). On examine généralement les dents, les seins et la chair de l’avant-bras, Lorsqu’il veut vendre une très bonne négresse, le dellâl crie: Ouacifa allah! «une négresse (à la grâce) de Dieu!» et prolonge les enchères. La dernière surenchére n’est jamais comptée: le dernier enchérisseur paye la surenchère précédant la sienne, comme pour toutes les ventes aux enchères.---------- Le Makhzen ne perçoit aucun droit sur la vente des esclaves. ------------Le dellâl amène l’esclave, en présence de l’acquéreur, devant l’adel qui rédige l’acte de vente. Si le vendeur est inconnu et n’a pas de document établissant sa propriété, l’adel interroge l’esclave lui-même, l’acheteur qui doute du droit du vendeur sur l’esclave peut même exiger un garant en ville.---------- Quatre vices rédhibitoires, ayoûb, rendent la vente nulle, pour une ouacifa, à moins que le dellâl n’ait crité: Quacifa kda oua kda, men themma bel-oued, oua elly ibi ha daba, zyâda bel arba’in ou d’dellâla filâyla elly ia’mel chi taouakkoul Allah! «Esclave comme ceci et comme cela (indiquant le vice rédhibitoire), d’ici à la rivière (c.-à-d. sans recours), celui qui l’achètera maintenant paiera un dédit de 40 réaux (2 douros), pour celui qui l’acceptera, il n’a aura de recours qu’en Dieu, parole filâlienne!» les Chorfa filâla n’ayant qu’une parole, non par bonne foi, dit-on, mais par entêtement.
4 – Les poids et mesures ---------- Au début de l’Islamisme, la plus grosse unité de poids était le qantar (quintal) qui valait 100 roll, livres d’or ou d’argent. Le Prophète de son côté, fixa lui-même la valeur du qantar à 1200 ouqya (onces), enfin il est admis par la majorité des auteurs que le qantar valait 1080 à 1100 dinars.---------- D’autre part, 7 dinars (monnaie d’or) équivalaient à 10 dirhams (monnaie d’argent), un dinar valait 24 qirât I qirât 3 habba (grains d’orge). Ces mesures ont naturellement beaucoup varié en passant d’Orient en Occident, mais on a continué à évaluer les poids en monnaies, les monnaies étant des mesures fixes, et on a adopté pour unité de comparaison le doure d’argent (25 grammes). Le qantar vaut toujours 100 rial (livres), mais la valeur du rial en douros varie beaucoup suivant les époques, les régions et les corporations, quelquefois même suivant les marchands, aussi est-il d’usage, lorsqu’on traite une affaire, de s’entendre avec son partenaire sur la mesure à adopter.---------- Les poids et mesure nous ont paru plus variables à Tanger qu’à El-Qçar. Voici, dans cette dernière ville, ceux actuellement en usage.Les mesures de capacité sont le moudd pour les grains et la qoulla pour les huiles. Le moudd contient 64 litres et en blé, pèse environ 40 kilogrammes, la qoulla d’huile pèse 30 livres de 32 douros la livre (800 gr), soit 24 kilogr. ---------- Le moudd se subdivise en nouç moudd (1/2 moudd), rba’a (1/4), thommy (1/8), kas (sorte de bol, 1/16) nouç kas (1/32).La plus grosse unité de poids (ouzn) est le qantar (quintal), mais il y a trois sortes de qantar: le qantar attâry, servant pour l’épicerie et les marchandises européennes, et valant 100 livres de 20 douros (50 kilogr), le qantar baqqaly pour l’épicerie indègine, 100 livres de 32 douros (80 kil) et le quantar guezzâry pour la boucherie, 100 livres de 40 douros (100 kil). Ce dernier est le même que le derrâzy (tisserand), pour peser la laine, et le fâhhâmy (charbonnier), pour le charbon. Les sous-multiples du qantar sont: nouç qantar (1/2) rba (1/4), nouç rba (1/8), rba de rba, appelé aussi ouzna (1/16). ---------- En principe, la livre (rtal) vaut 16 onces (ouqya) proportionnées à la livre elle-même, l’ouqya n’est donc qu’une fraction.---------- Les bouchers (guezzârin) n’ont pas la livre, mais seulement la demi-livre (nouç rial) et arba ouaq (4 ouqya).---------- Les baqqâlin et khaddàrin ont la livre (rial), nouç rial (1/2), arba ouaq (1/4), ouqitein (1/8), ouaqya (once = 1/16), nouç ouqya (1/32).---------- Les attàrin ont le rial et les mêmes sous-multiples que ci-dessus jusqu’à nouç ouqya, puis thomnein (1/64), themen (1/128), nouç themen (1/256), rba, égal à 4 nouaya (1/512), nouaya (1/2048). Le themen ou themen ouâfy (fort) est appelé aussi zalary. Le zalary était autrefois une pièce de monnaie, le fets, dont il fallait 6 pour faire une moùzoùna et 30 pour faire un sou bassany.---------- Les derràaza ont le rial, nouç arbâ ouaq, ouaqitein ouqya (1/16), nouç, rebia, nouç rebia (themen). Ces poids leur servent à peser la laine filée (razal), c’est-à-dire le tôma (la trame) et le qyàm (la chaine).---------- Enfin les fahhâma (charbonniers) ont seulement le rial le nouç rial et arba ouaq.---------- Les mesures de longueur sont aussi variées que les poids.---------- Nous trouvons d’abord la qàma, longueur de deux bras étendue, pour la vente de la corde, l’esclamation de la profondeur des puits et l’arpentage des petites surfaces, les grandes surfaces ne s’arpentent pas). Elle se divise en trois coudées (dhrà).---------- Les maçons mesurent par coudée dhrà palme chber, moitié de la coudée, et pied qadam, valant 12 pouces ou un peu plus d’une palme.---------- Les menuisiers et charpentiers (najjàra) ont la palme, chber, qui se mesure de l’extrémité du petit doigt à l’extrémité du pouce, lorsque la main droite est toutes grande ouverte et les doigts écartés (elle comprend 12 doigts, çba) et en plus le fter, qu’on appelle vulgairement foum el-kelb, la bouche du chien, parce que la main, à demi ouverte sur la mesure, dessine un triangle entre le pouce et l’index, rappelant la bouche d’un chien.---------- Les armuriers et fabricants de crosses de fusils (srtry) ont les mêmes mesures.---------- Les étoffes de laine du pays, les tapis, les autres, les haiks, etc. se mesurent à la coudée (dhrà), nouç, rba, themen, le dhrà valant 2 palmes.---------- A la qaisarya où on vend les çotonnades et les soieries, c’est-à-dire les étoffes importées, on se sort de la qàala, régle on bois longue de 54 centimètres, comprenant 2 palmes ½ ou 2 palmes et foum el-kelb, ou encore 30 pouces (une coudée plus la longueur totale des doigts).---------- Elle se divise on nouç, rba et themen.---------- Il n’existe pas d’étalon de longueur, pour les poids, nous avons dit qu’on employait le douro (25 gr) hassany ou espagnol.Le marché aux grains et celui aux huiles ont plusieurs mesures, abbàara, nommés, ainsi que les portefaix, hamàala, par les deux adoul, simples percespteur au service de l’amis et moustafad, qui se tiennent à la porte de chacun de les deux marchés pour perçoit aux invites, l’achour et aux grains. |